La résignation dans les quartiers populaires comme forme de résistance à l'intervention sociale

Mardi 15 mai 2012 à 16h

Laurent Courtois

L’Association des Chercheurs des Organismes de la Formation et de l’Intervention Sociales et l’IUT de Tourcoing sont heureux de vous inviter au séminaire :

La résignation dans les quartiers populaires comme forme de résistance à l’intervention sociale

Résumé

La résignation serait le courage des faibles, une posture qui relèverait de la soumission. En France aujourd’hui, dans des quartiers populaires au processus de ghettoïsation amorcé ce sentiment de renoncement peut prendre une autre forme dans la vie sociale des habitants. La résignation peut devenir une issue volontaire pour atténuer la souffrance et mettre à l’écart le mépris social auquel se confronte ces « invisibles de la République ». L’absence d’avenir, la fatigue forment une grisaille de plus en plus épaisse où la vie n’est plus qu’une survie. Ce « contre-monde » appauvrit leurs expériences au monde. Ils sont complètement désajustés, comme si leur condition sociale n’avait aucun sens ni même aucune réalité. « On rêve. On rêve qu’un rêve se réalise. Des fois, on reste immobile pendant que la terre tourne. La terre tourne et nous on est immobile, on fait rien, on est rien… ». Le repli sur la sphère privée devient une stratégie de rupture avec la vie sociale et les corps intermédiaires qui veulent la façonner. S’abstenir devient comme une forme expressive d’existence, en écho à l’absurdité de l’égalité des chances car « Qu’est ce qu’on peut faire? L’ascenseur social s’est bloqué sur nous». Les habitants de ces espaces urbains se sentent aussi privés d’indignation par les classes moyennes, « ces inquiets du déclassement ». Ils se résignent socialement, sans pour autant renoncer à eux-mêmes. Par cette posture, les habitants mettent à distance les intervenants sociaux, refusant d’être les acteurs d’un système subi plus que choisi. Pour ne pas « attraper le RSA », refusant une servitude volontaire à un état qu’il ne les reconnaît plus, certaines personnes adoptent le fatalisme, s’en remettent au destin. Cette posture de fortune entre en opposition avec les logiques de projet, d’empowerment et de contractualisation qui, en voulant rendre les personnes visibles socialement, participent parfois à renforcer leur inutilité au monde.